Entre patrimoine moderne et résilience climatique : un concept de campus-parc libéré de la voiture et rythmé par les cycles de la nature.
Agrico, Saint-Aubin
Le projet du Campus AgriCo s'inscrit dans la plaine de la Broye, un territoire historiquement marécageux et alluvial qui a été profondément canalisé par l'homme au profit d'une agriculture productive. Afin de rendre hommage à l’identité d'origine de ce site, le projet entreprend une véritable démarche de reconquête écologique. Les interventions paysagères préservent les structures verticales existantes (bosquets, cordons boisés) et redynamisent l'ancien biotope humide sur une longueur de 300 mètres. Ce réseau bleu et vert renforce les continuités biologiques locales tout en offrant un îlot de fraîcheur indispensable face aux changements climatiques.
S'inspirant de la modularité et de la géométrie orthogonale de l’architecture moderne du site initial (conçu par Zweifel et Strickler), le projet s’articule autour d'une « croix de la mobilité douce ». L’axe central (Est-Ouest) est une véritable rue publique apaisée. Cet axe est entièrement libéré du trafic motorisé dès l'entrée du site. Il accueille une interface de transports publics optimisée ainsi qu'un revêtement en dalles de béton qui guide les flux de piétons et de cyclistes vers le cœur du campus. L’axe vert (Nord-Sud), quant à lui accueille une promenade paysagère au tracé sinueux et organique qui longe le biotope humide. Conçu pour la déambulation, cet axe s'intègre dans une vision territoriale à plus grande échelle (voie verte reliant le haras national et les gares environnantes). La Place AgriCo, à l’intersection des deux axes, devient fédératrice et conserve la majorité du bosquet d'arbres existant. Transformés en îlots de fraîcheur, ces sous-bois ombragés sont équipés de mobilier en béton préfabriqué, réinterprétant le passé industriel du site.
Le projet se distingue par une approche environnementale globale, transversale et planifiée. Le réseau bleu met en place un maillage hydraulique hiérarchisé qui va du Grand Fossé (dédié aux crues majeures) aux noues et fossés locaux (profondeurs de 0,5 à 1,3 m). Ce système assure la collecte, la rétention et l'infiltration naturelle des eaux de ruissellement tout en favorisant une flore diversifiée.
Le projet applique un principe d’économie circulaire sur le site : les terres de surface (Horizon A) servent à façonner le parc et les bandes plantées, tandis que l'Horizon B est réutilisé pour surélever la ceinture logistique périphérique, masquant ainsi les flux de livraison.
Enfin, pour lutter contre la pollution lumineuse et protéger la faune nocturne (notamment les chauves-souris), le site applique le principe du Dark Sky. Les parcs plantés sont laissés volontairement dans l'obscurité, les liaisons de mobilité douce utilisent un éclairage rasant émanant du sol.